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Distillation

La distillation est un procédé de séparation de mélange de substances liquides dont les températures d'ébullition sont différentes. Elle permet de séparer les constituants d'un mélange homogène. Sous l'effet de la chaleur ou d'une faible pression (loi des gaz parfaits), les substances se vaporisent successivement, et la vapeur obtenue est liquéfiée pour donner le distillat.

Dès le xviiie siècle, des opérations de « distillation » sont réalisées dans l'industrie pour obtenir entre autres du coke à partir de la houille, ou des gaz manufacturés1. Ces opérations doivent être plus justement appelées pyrolyse : le terme « pyrolyse » est apparu probablement au xixe siècle2 pour distinguer les opérations de décomposition ou thermolyse, d'un composé organique par la chaleur pour obtenir d'autres produits (gaz et matière) qu'il ne contenait pas : dans la pyrolyse, le matériau est détruit. On peut supposer que par analogie, la cornue en verre utilisée dans les opérations de distillation donnera son nom aux cornues en matériau réfractaire utilisées dans les opérations de pyrolyse bien qu'il n'existe pas grand-chose de commun entre les deux.



Histoire

Au IIe millénaire av. J.-C., la sublimation, qu'utilisent les Babyloniens pour préparer les parfums, est clairement attestée, mais la distillation n'est pas certaine4. L'eau produite par évaporation comme le dessalement de l'eau de mer est une technique envisagée décrite par Aristote et Pline l'Ancien, puis par Alexandre d'Aphrodise dès le iiie siècle av. J.-C. Cependant, comme le souligne Forbes5, il ne s'agit pas de la distillation au sens où on la conçoit actuellement (source de chaleur - séparation gaz/liquide - condensation), elle n'apparaît qu'à l'aube du ier siècle de notre ère avec les alchimistes grecs6,7,8. D'après Timée de Tauroménion, il semble que Denys l'ancien, tyran de Syracuse, adepte de la boisson (qui aurait provoqué sa mort en 367 av. J.-C.), demandait un breuvage obtenu par une distillation.

Au ier siècle, le grec Dioscoride décrit le procédé dans son ouvrage De materia medica : « L'huile de poix est obtenue en séparant la partie aqueuse qui se dépose sur le haut comme le fait le petit-lait. Cette partie aqueuse est enlevée lors de la cuisson de la poix en plaçant de la laine propre au-dessus d'elle. Cette laine devenue humide par l'action de la vapeur montante, est essorée dans un vaisseau et ceci dure tant que dure la cuisson de la poix ». D'autres méthodes sont appliquées, ainsi pour le mercure : « Le mercure est préparé à partir d'un produit appelé minium, qui est aussi appelé — quoique incorrectement — cinabre. Une soucoupe de fer contenant du minium est placée dans un récipient en terre cuite et sur ce récipient est placée une flasque qui est mastiquée tout autour avec de la glaise. Un feu de charbon de bois est ensuite entretenu sous le récipient. Une fois que la suie qui s'est collée au couvercle a été grattée et refroidie, elle se transforme en mercure ».

Mais c'est surtout la demande croissante en liqueurs au Bas-Empire qui entraîne le développement des distilleries6. On attribue à Hypatie l'invention d'une méthode de distillation9, tandis que la première description précise d'un alambic est due à Zosime de Panopolis au ive siècle3,8,10.

Distillation à la cornue dans un alambic.Une colonne à distiller dans un musée en Ukraine.

Au viiie siècle, les alchimistes du Moyen-Orient usèrent de la distillation afin de purifier certains produits chimiques utilisés dans l'artisanat : des huiles ou esters(pour les parfums) et de l'alcool11.

Parmi les premiers d'entre eux, on trouve Jabir ibn Hayyan (dit Geber en Occident) qui, vers l'an 800, mit au point de nombreux instruments et des méthodes chimiques[Lesquels ?] toujours en usage aujourd'hui. En particulier, son alambic, précurseur des raffineries modernes, est le premier appareil utilisant une cornue pour purifier les substances : le bec de l'alambic est allongé (d'où le nom de cornue) afin d'améliorer le refroidissement et d'obtenir ainsi une plus grande quantité de produit distillé[réf. nécessaire]. Ce principe inspirera les micro-distilleries modernes comme la colonne Hickman12.

La pratique de la distillation du pétrole est attestée vers 670, date à laquelle Callinicus de Byzance aurait produit une matière bitumineuse qui, mélangée à du salpêtre donne le redoutable feu grégeois dont l'usage militaire se répand rapidement. C'est également un autre alchimiste perse, Rhazès, qui au ixe siècle, distille le pétrole ou « bitume de Judée », d'où il tire du kérosène13, tandis que l'entraînement à la vapeur est une invention due à Avicenne au xie siècle, pour l'extraction d'huile essentielle14.

La distillation du vin est attestée en Occident dans la ville de Salerne dès le xiie siècle (alors que l'Asie centrale semble la pratiquer depuis le iiie siècle et la Chine depuis le viie siècle)15. On obtient ainsi l'alcool éthylique appelé « eau de vie » ou « eau ardente » au Moyen Âge. Outre son usage comme boisson forte, la médecine médiévale l'emploie comme remède.

Au xive siècle, l'introduction de dispositifs de refroidissement dans les diverses parties de l'alambic facilite la condensation et évite la surchauffe.

En 1500, l'alchimiste allemand Hieronymus Brunschwig publie le premier livre consacré à cette technique, le Liber de arte destillandi16, dont la seconde édition de 1512 sera fortement augmentée.

À mesure que l'alchimie se constituait en science avec la chimie, les récipients appelés cornues équipèrent de plus en plus les appareils à distiller. Alambics et cornues sont des récipients munis d'un bec latéral allongé pointant vers le bas faisant condenseur à air : ils servent à condenser le distillat que l'on récupère goutte à goutte à la sortie du tube.

Plus tard, les alambics en cuivre firent leur apparition ; leurs joints rivetés étaient maintenus étanches par différents expédients, comme de la mie de pain obtenue à partir de farine de seigle19. Ces alambics comportaient souvent un serpentin traversé d'eau froide ajusté à l'extrémité du bec de la cornue qui, accélérant la condensation, augmentait le rendement de la distillation : c'est cet appareil que les Anglais appellent pot stills.

De nos jours, les cornues et les alambics ont été largement supplantés dans l'industrie par des méthodes de distillation beaucoup plus efficaces. Toutefois, l'alambic est toujours apprécié pour l'élaboration de fines et de liqueurs comme le cognac, le Scotch whisky et certaines vodkas. Les alambics, faits de différentes matières (bois, poterie, acier inox) sont également utilisés de par le monde par les petits producteurs. On vend encore de petits alambics pour la production familiale20 d'eau de fleur d'oranger ou d'huile essentielle.

Au début du xixe siècle, les chimistes français jetèrent les bases de l'analyse chimique moderne, notamment en montrant l'importance du pré-chauffage et la rétroaction21, puis en 1830 un brevet anglais fut délivré à Aeneas Coffey pour une colonne de distillation de whiskey22, qui fonctionnait en continu et que l'on peut considérer comme l'archétype des raffineries de pétrole modernes. En 1877, Ernest Solvay obtint un brevet américain (U.S. Patent) pour une tour de distillation d'ammoniaque23, dont il appliqua le principe les années suivantes aux huiles et aux spiritueux.

La promotion du génie chimique en tant que discipline académique à la fin du xixe siècle amena une étude proprement scientifique des procédés de distillation : ainsi, la distillation la plus simple, à l'application la plus connue (alambic), a été étudiée par le physicien John Rayleigh. Puis au début du xxe siècle, l'industrie pétrolière donna l'élan nécessaire pour développer des procédés détaillés comme la méthode McCabe-Thiele et l'équation de Fenske (en). Dans la course à l'amélioration du procédé de distillation pour séparer des constituants dont les points de fusion sont toujours plus proches, la colonne de distillation à bande tournante, permettant les distillations les plus performantes à ce jour, a été élaborée dans les années 193024.



Principe

Le procédé utilise la différence de volatilité (capacité à s'évaporer selon la température) entre les constituants afin de les séparer : le composé le plus volatil s'évaporera plus facilement et composera la majeure partie des vapeurs. Il est ainsi possible de créer une phase gazeuse ayant une composition différente du mélange initial. Par condensation de ces vapeurs, un liquide appelé distillat peut être récupéré avec une concentration élevée du composé le plus volatil.

Le distillat n'est pas un produit pur : il contient une certaine proportion des autres composés du mélange initial. Il faut dès lors répéter l'opération d'évaporation-condensation avec le distillat afin de concentrer davantage le composé le plus volatil. Pour ne pas répéter l'opération, et séparer proprement les composants du mélange en une seule passe, on utilise une colonne de distillation et ce procédé se nomme distillation fractionnée ou rectification.

En fonction des propriétés physiques des constituants, il arrive que des composés aient des volatilités constantes par rapport au mélange initial, et que les vapeurs d'un tel mélange gardent toujours la même composition même si on répète l'opération évaporation-condensation plusieurs fois. Il s'agit d'un mélange azéotropique qui nécessite des conditions spéciales afin de séparer les composants (voir distillation azéotropique).

La distillation peut être effectuée de plusieurs manières : discontinue, continue, sous vide.


 
 
 

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